

Prouvant la place que la gent féminine occupe dans la société, l'Histoire Mongole est truffée de femmes hors du commun.
L'une d'entre elle est, suivant la légende, responsable du Judak découvrant la poitrine. Nous tenons cette légende de notre ami Galtsog qui la tenait de son Père, qui la tenait de son Père, qui la tenait de...
Mais entrons maintenant dans le monde de la Légende...







Il y a bien longtemps...
Nos chevaux galopaient dans le vent des steppes...
Les Esprits parlaient encore aux Hommes et les Hommes savaient les entendre...


Quand elle vint au monde, ses parents l'appelèrent Buyanaa.
Elle étaient toute fraiche à sa naissance; c'est le signe d'un grand destin.
Elle était très mignonne, vraiment très mignonne, mais personne ne le lui signala...
Nous autres, Mongols, ne disons jamais à un enfant en bas âge qu'il est mignon ou qu'il est joli. Certains esprits maléfiques rôdent, peuvent emporter l'Enfant alors nous les leurront, nous les trompons en leur signalant qu'un enfant mâle est une fille ou un laideron, qu'une fille est un garçon très laid. Souvent nous leur donnons un nom apotropaïque... Celà protège du mauvais sort...
Buyanaa n'eut gère de chance, ses parents furent tués par des bandits venus d'au-delà la muraille... Buyanaa et ses frères, trop loin dans la steppe, n'entendirent pas les bandits. Ils arrivèrent trop tard...
La mort de ses parents laissa Buyanaa seule avec ses jeunes frères. Ainée de la famille et consciente des dangers, elle leur imposa de ne jamais révéler qu'elle était née fille.


En ces temps éloignés, les femmes étaient égales aux hommes. Elles avaient des droits, elles avaient des devoirs, elles étaient nos égales. Les femmes étaient souvent habillées commes des hommes, dressaient les chevaux, gardaient le bétail, savaient se battre, parfois partaient en guerre comme des hommes, portaient carquois, poignées de flèches, sabres ou épée.
Elle et ses frères se formèrent à la dure école de la steppe. Buyanaa était forte, savait se battre et maniait l'Urga comme le meilleur d'entre nous. Tous croyaient que Buyanaa était un homme. Ses frères ne trahirent jamais leur parole mais l'âge avançait. Buyanaa se sentait devenir une femme...


Son corps changeait mais elle battait toujours ses frères à la lutte ou à l'arc.


Un Nadaam se déroulait tous les ans à Kharhoriin que vous appelez Karakorum.
Les Nadaam de Kharhoriin étaient magnifiques et les plus grands lutteurs de l'Empire s'y rencontraient. Certains parcouraient des milliers de lieues pour y venir, rien qu'en spectateur.
Le plus fort des lutteurs était honoré de tous. Notre Empereur l'honorait, les seigneurs de myriades, de milliers, de centaines ou de simples dizaines l'honoraient. Toute la nation était pleine de respect pour cet homme qui, toujours, servait dans la garde rapprochée de l'Empereur...


Chaque année, depuis longtemps, ses frères poussaient Buyanaa à participer au Nadaam de l'Empire. Elle s'y était toujours refusée mais, finalement, se laissa convaincre et fit inscrire son nom sur les registres du Nadaam.
A l'époque, les lutteurs avaient liberté de tenue. Certains portaient des vêtements amples car celà cachait les mouvements, certains portaient des vêtements serrés au corps; ils sont plus difficiles à saisir, d'autres se graissaient les bras et les jambes pour pénaliser l'adversaire. Tous se sentaient investis par la force de l'Aigle...
Buyanaa nomadisait près de la Sélengé, c'était une Tsakhar. A l'habitude des siens, elle luttait dans ses vêtements de travail renforcés de pièces de cuir. Elle sentait aussi le sang et la force de l'Aigle dans ses veines.
Elle se sentait habitée par l'Esprit de l'Aigle...







Les lutteurs étaient nombreux.
Les premiers combats débutèrent au lever du soleil. Ils durèrent jusqu'à la fin du jour.
Les lutteurs étaient tous plus vaillants les uns que les autres. Tous faisaient preuve d'adresse et de savoir.
Buyanaa lutta d'abord contre un Tuva aux muscles de bronze. Contre le bronze, inspirée par l'Esprit de l'Aigle, Buyanaa utilisa la souplesse et terrassa son adversaire. Elle eut à combattre contre un Tatar puissant comme le roc mais terriblement tor dans ses prises. Elle le terrassa après un combat difficile. Luttant contre l'un, luttant contre l'autre; la liste fût longue; elle élimina tous les adversaires qui lui furent présentés pour se retrouver à lutter contre les plus grands, les meilleurs, les plus honorés...
La journée avançait, le nombre d'adversaires diminuait, le soleil baissant, Buyanaa se retrouva à lutter contre le meilleur, un Khalkh, un géant qui dépassait Buyanaa de deux têtes, peut être plus...
Le combat s'engagea.
Le Khalkh tenta de profiter de son poids supérieur pour balayer les jambes de Buyanaa. Le bruit des bottes se choquant fût terrible, l'air en vibra et ébranla le suspens qui tenait l'assistance. Buyanaa ne frémit pas. Elle subit l'assaut sans faiblir.
Le champion khalkh tenta alors de la déséquilibrer mais Buyanaa sût fléchir comme le roseau. Elle ne tomba pas.
Le khalkh utilisa toutes les prises qu'il connaissait, elles étaient nombreuses, mais Buyanaa, habitée par l'Esprit de l'Aigle, ne perdit jamais pied.
L'assistance était nombreuse, tout le monde se taisait, pas un cri, pas un bruit. Le vent s'était lui-même arrêté de souffler, les oiseaux se taisaient, les chevaux ne bougeaient, tout était immobile. Le ciel et la terre admiraient ce combat de géants.
Le soleil arrêta sa course pour admirer cette lutte. La lune vint aussi assister au spectacle. Depuis ce combat, parfois, espérant encore regarder à un Nadaam de cette valeur, la lune et le soleil parcourent le ciel de concert...
Après plusieurs heures; le temps s'était arrêté; Buyanaa terrassa son adversaire.
Le khalkh accepta sa défaite et s'inclina devant Buyanaa en signe de respect. Il reconnaissait la suprématie de son adversaire sans honte; il n'y a aucune honte à perdre quand la lutte a été franche.







Le vêtement de Buyanaa avait souffert de toutes ces luttes.
Très fragilisé de ces combats, il s'affaissa soudain et découvrit la poitrine de Buyanaa. L'assistance, de l'Empereur au simple citoyen, découvrit alors que le grand vainqueur de ces épreuves était une femme...


La vue des tétins de Buyanaa provoqua quelques difficultés à notre Empereur; une vieille loi de la steppe lui imposait une garde exclusivement masculine. Ne pouvant la prendre à son service et désireux de ne plus se retrouver face à ce problème, il imposa une tenue de lutte découvrant la poitrine. Nous respectons toujours cette loi.
Parmi les lutteurs, personne n'avait honte d'avoir perdu contre Buyanaa et personne ne remit son titre en cause. Ils étaient tous fiers d'avoir lutté contre elle. Elle avait gagné loyalement, ils l'honorèrent comme un des leurs et, avec respect, l'appelèrent Buyanaa Corps de Fer.
Un aigle volait au dessus de l'aire de lutte...


Certains racontent que Buyanaa disparut dans la steppe.
Buyanaa épousa son dernier challenger. Il devint Seigneur de la Garde et leurs descendants nomadisent encore près de la Sélengé. Ma femme et moi sommes des Tsakhars de la Sélengé. Nous n'avons jamais oublié les hauts faits de Buyanaa, notre ancêtre...


Quand vous assistez à un Nadaam et regardez les lutteurs, pensez à Buyanaa Corps de Fer et n'oubliez pas que l'Esprit de l'Aigle habite les femmes aussi bien que les hommes...
GALTSOG; Un soir dans la steppe... - K. Le Bellec - Notes de Voyages - Trad: Bayasalmaa - All Rights Reserved -





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